En Français

Un peu de respect pour la Grèce, SVP

Jean-Marc Huissoud

Photo by piazzadelpopolo

We give professors of GGSB the opportunity to publish their articles on our blog. Although our blog is in English, a lot of our visitors are French speakers and therefore request content in their native tongue.  

This article shines light into the Greek crisis, an event that is critical to Business Development in the Eurozone. It is written by Jean-Marc Huissoud, a professor of Geopolitics at GEM. Check out his blog: Perspectives Géopolitiques

La décision de M. Papandréou, annulée sous la pression de son parlement, de soumettre au référendum les mesures de redressement des finances de son pays ont suscité des réactions qui, dans un autre contexte, passeraient pour outrées et paniquées. Il est vrai que l’on entend guère (à de notables exceptions près) que les fast thinkers dont le rôle n’est précisément pas de faire de l’analyse en profondeur (sinon leur précieux temps d’antenne risque d’être pris par quelqu’un d’autre), mais bien d’exister sur les medias en usant et abusant du sensationnalisme. Et cela se résume le plus souvent à abonder dans le sens d’une forme sournoise de pensée unique, savamment instillée depuis de longues années par ceux qui, aujourd’hui, cherchent à faire oublier leur manque de clairvoyance et leur absence de légitimité dans l’explication de la crise, sans parler même de légitimité à guider la gouvernance.

Comment les tenants des marchés financiers ont-ils pu avoir l’outrecuidance de qualifier son attitude d’irresponsable ? Sauf à penser qu’en termes d’irresponsabilités, ils en connaissent eux-mêmes un rayon.

Certes, la prise de position de M. Papandréou était risquée. La Grèce pouvait se retrouver ostracisée (rien en dit qu’elle ne le sera pas), notamment de la zone euro et des circuits financiers internationaux, pour de longues années et de le payer très cher. Certes la nonchalance de sa gouvernance financière est critiquable, voire criminelle, et les Grecs eux-mêmes ont largement abusé du système, et beaucoup vont continuer.

Mais l’obéissance aux injonctions étrangères, à la raison comptable de Bruxelles et du FMI (sans parler des agences de notations et des banques) est-elles préférable ? Rien n’est moins sûr.

Une des critiques les moins acceptables faites à M. Papandréou est celle de ne pas avoir prévenu ses partenaires de la zone euro de sa décision. Et alors ? Qu’on se le dise : l’Europe n’est pas fédérale, notamment grâce à la résistance acharnée à cette option manifestée de longue date par ces mêmes pays qui exigent que la Grèce demande des permissions de parler ou de décider aujourd’hui. La zone Euro n’a pas donné lieu à une quelconque délégation formelle de souveraineté de la part de ses Etats membres (mais les marchés financiers, dans une large mesure, si, en privatisant de fait le droit régalien de création monétaire). La Grèce n’est en conséquence pas une province de l’Europe, dont M. Papandréou serait le gouverneur. La Grèce est un Etat-nation, donc une entité souveraine dont la légitimité émane, au moins en théorie, du peuple, et qui un principe supérieur à tout accord international. Que ce soit un Etat qui fonctionne mal et ait du mal à faire appliquer ses propres lois est également vrai, s’explique historiquement et sociologiquement, mais n’annule pas le constat précédent.

Au moins M. Papandréou a-t-il eu le courage d’imaginer demander à son peuple de faire un choix. Un courage limité au final. Mais on est loin du mépris de l’opinion publique manifestée par ses critiques (et ceux qui ont fait pression sur le parlement ?), qui continuent à interpréter le refus du traité constitutionnel de 2005 comme un caprice de gens mal informés, et le premier refus irlandais du traité de Nice comme un accident. Il est vrai que la France comme l’Allemagne, bien qu’historiquement jaloux de leur propre souveraineté au détriment de la construction européenne (et je ne parle pas de la Grande-Bretagne, mais qu’on entend moins), on depuis longtemps laissé aux oubliettes les principes mêmes de la souveraineté, et leurs gouvernements successifs ont surtout mis leur énergie à faire le sale boulot demandé par les experts financiers et économiques de leurs cercles proches au détriment du tissu économique réel, du moins jusqu’à aujourd’hui. Il est vrai aussi qu’à défaut d’être vertueux, les critiques de la Grèce ont intérêt à désigner plus coupable qu’eux. Il est vrai aussi qu’à avoir bâti leur légitimité sur leur supposée compétence économique plus que sur la représentativité ils se doivent d’aller jusqu’au bout de la logique, même avec mauvaise foi.

Je souhaite à M. Papandréou de ne pas faire les frais d’un règlement de compte de la part de ses électeurs, ni d’une politique de l’autruche, la tête plongée dans des utopies néfastes, de la part de ses citoyens. C’est mal parti. La Grèce a eu une timide occasion d’assumer, en tant que société, un choix. Au lieu de la crise sociale assortie d’une humiliation et à la soumission, M. Papandréou lui proposait la crise sociale assumée et affrontée debout. Je ne sais s’il y a des arrière-pensées politiques dans son attitude, une recherche de légitimité populaire au moment où sa majorité parlementaire s’effondre. Je ne sais s’il se figurait rejouer sur le plan économique l’équivalent du combat désespéré des Thermopyles (dans le rôle de Leonidas, bien sûr). Qu’importe au fond. Il sera peut-être le fossoyeur de la Grèce et de l’Euro, où sacrifié comme tel, mais n’excluons pas qu’il aurait pu être, par sa démarche, visionnaire et peut-être sauveur. Il ne serait pas le premier cancre de la classe, inapte à obéir au maître, qui se révèle avec le temps le génie dont nous avons besoin.

Et qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas seulement de la dette grecque qu’il est question, mais aussi d’une certaine idée de la démocratie. Une démocratie née… en Grèce.

Jean-Marc HUISSOUD - Perspectives Géopolitiques

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